Un cas de dysphonie

Attention.
La dysphonie est un terme générique qui recoupe des affections variées. Chaque dysphonie est différente. Ce qui est décrit ci dessus est un cas unique. Il met bien en avant le côté intégratif de l'enseignement du chant.

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M. est une femme d'une cinquantaine d'années. Elle vient me voir après un parcours de cinq ans auprès de phoniatres, orthophonistes qui n'a rien donné. Elle ne présente aucun dysfonctionnement physiologique.
Elle souffre de dysphonie. Sa voix chantée chevrote et est incontrôlable, elle n'arrive plus à chanter juste.

Elle avait un excellent niveau et chantait un répertoire de musique classique et contemporaine avant que sa voix ne commence à lui jouer des tours.
Elle souffre beaucoup de ne plus pouvoir chanter.
Sa voix parlée a un léger chevrotement qui, lors de notre entretien téléphonique, pouvait laisser penser qu'elle était très âgée.

La première séance lui a permis d'exposer longuement son problème.

Elle identifie clairement ce problème vocal au décès d'un de ses parents survenu deux ans avant que les premiers symptômes n'apparaissent.
Elle a un tempérament assez dynamique mais ce handicap vocal pèse sur elle et l'obsède. Chanter a beaucoup d'importance pour elle, elle y prenait énormément de plaisir. Elle-même dit qu'elle a recommencé le piano il y a quelques années mais que rien ne peut remplacer le beau chant dans son coeur.
Physiquement, elle semble comme anesthésiée, en particulier au niveau du tronc. Son corps semble être un bloc immobile, pas tendu mais comme engourdi.
Elle réussit les exercices respiratoires avec facilité, ce qui confirme son expérience vocale, mais ne perçoit pas les sensations physiques liées à la respiration. Je lui demande donc de continuer à pratiquer les exercices respiratoires chez elle afin qu'elle reprenne conscience de son corps.

Pendant les vocalises, elle lutte en permanence avec sa voix pour garder la justesse. Elle déclare produire un son juste lui demande un effort immense.

Je lui propose de chanter Voi che sapete des Noces de Figaro de Mozart, un air qu'elle connaît, puisque malgré ma demande lors de notre conversation téléphonique, elle est venue sans rien. Elle déclare qu'elle ne se rappelle même plus de l'endroit où sont ses partitions.
J'entends une voix large,assez juste. La voix est riche. Je perçois bien les harmoniques qui la gênent dans la justesse mais pour l'auditeur ce n'est pas sensible à ce point là. Par contre, sont perceptibles, son mal-être, peut être sa honte, à chanter faux après avoir chanté si bien et surtout son manque de confiance en elle.
Techniquement, le soutien est insuffisant.
Globalement, sa prestation n'est pas exceptionnelle mais pas catastrophique non plus.

Pour la deuxième séance, M. revient avec le même discours. Elle a encore essayé de chanter mais sa voix fait n'importe quoi.
Pendant la relaxation, je lui propose de lui faire un massage – je trouve toujours que toute la partie haute de son corps est comme un bloc sans vie. Je lui masse le ventre avec légèreté pendant une quinzaine de minutes. Son corps réagit très bien, le péristaltisme s'enclenche.
Pendant les vocalises, je suis frappé par la présence de sanglots dans sa voix. Comme si sa voix chantée pleurait. Je le lui dis et ça ne l'étonne pas. Elle me confirme même qu'on pourrait rapprocher sa difficulté à produire un son juste, à la sensation que peut avoir une personne prise de sanglots qui essaye de chanter. Elle précise qu'on ne peut pas pleurer et chanter en même temps, la voix reste bloquée dans la gorge.

Troisième séance.

Même début que les fois précédentes. Malgré mon conseil de ne pas chanter pour éviter d'être frustrée et de se retrouver en souffrance, M. a réessayé à plusieurs reprises avec toujours les mêmes problèmes.
Pendant la semaine, elle a travaillé chez elle la respiration abdominale, son corps est un peu plus libéré.
Pendant la relaxation, je la pousse à travailler plus intensément la respiration abdominale basse en l'accompagnant d'un massage très léger.
Je lui propose de travailler les abdominos en faisant la respiration du petit train. Elle y arrive très bien. Je remarque encore une fois que son corps à l'habitude des mouvements du chant.
Je lui propose de travailler différemment des autres fois. De laisser s'exprimer cette voix qui pleure au lieu de tenter de la contrôler. Je lui fais remarquer que cela fait cinq ans qu'elle essaye de maîtriser sa voix par tous les moyens et que cela ne fonctionne pas.
Je lui demande d'improviser et de se laisser aller, de laisser sa voix faire ce qu'elle veut. M. essaie mais à du mal à lâcher prise. Elle me parle de sa douleur à chanter mais précise que cette douleur est présente tout le temps dans sa vie même quand elle ne chante pas.
Elle me dit que sa voix semble vouloir aller dans l'aiguë. Je lui propose donc de faire des sirènes.
Pendant qu'elle chante je suis à côté d'elle et j'accompagne le son par un léger massage du dos pour tenter d'accentuer les sensations.
La voix est puissante, riche et forte en émotion.

Cependant, M. est incapable de me dire ce qu'elle ressent, ce qui se passe en elle.
Je lui demande de s'allonger, de fermer les yeux et de se replonger dans les sensations qu'elle éprouvait quand elle faisait les sirènes.
Je lui propose de me décrire ses sensations physiques.
M. ressent le son qui part du ventre. Elle le pousse et il remplit entièrement le ventre et la poitrine mais quand il arrive à la gorge, il est bloqué au niveau de la glotte et du pharynx.. Il ne peut pas sortir, le trou est trop petit. Il y a comme un bouchon qui empêche la voix de sortir.
C'est douloureux mais pas une douleur physiologique.
Je lui demande si cette douleur est spécifique au chant, elle me dit que non. Elle perçoit comme un rideau noir. Elle ne sait pas ce qu'il est ni ce qu'il cache mais il est tout le temps présent.
Je lui fais remarquer qu'elle ne peut pas se limiter à essayer de régler son problème vocal, qu'en réalité, c'est le rideau qu'il faut qu'elle parvienne à identifier et à soulever. Je lui précise que cela dépasse mes compétences de professeur de chant et qu'elle doit consulter un psychothérapeute. Elle doit réussir à exprimer ce qui remplit entièrement son ventre et son torse et qui est trop gros actuellement pour sortir par le petit trou de la gorge. Quand cette masse intérieure aura diminué, le trou sera suffisamment gros et elle pourra certainement recommencer à chanter.
A sa demande, je lui propose des adresses de thérapeutes et lui propose de me recontacter si elle se décide à faire la démarche. Je pourrais alors l'accompagner pour l'aider à retrouver du plaisir à chanter.

A suivre

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